Le goéland mélancolique

Le goéland mélancolique

jeudi 5 mars 2026

Des paroles en l'air

 Histoire de coller un peu à l'actualité? 

 

- Tu vas le regarder ?

- Suis pas très chaud, pour tout t’avouer ! La dernière fois, c’est peu dire qu’il a perdu son temps et moi le mien. Dès que le Monde a un pet de travers, il faut toujours qu’il ramène sa tronche. Comme s’il y pouvait quelque chose. Ça me fatigue ; pas toi ?

- Cette fois, c’est peut-être sérieux. Sur la 14, ils parlent de risque de guerre nucléaire, quand même...

- Tu regardes la 14, toi ? Eh bien, bravo ! Tu es sur une pente savonneuse, mon gars !

- Euh, je zappais ; bien sûr que je ne regarde pas la 14... enfin, pas vraiment. Oh, et puis zut :

une interruption de tous les programmes, le Président qui s’adresse aux français, ça mérite qu’on prenne cinq minutes pour savoir ce qu’il a à nous dire, non ?

- Ok, allume !

Joseph et Jean se calèrent tous les deux dans le canapé du salon, non sans avoir sorti préalablement deux bières du frigo. Just in time ! 16 heures, l’écran afficha un drapeau tricolore flottant numériquement devant une photo de l’Élysée, puis la « tronche » du Président apparut. 

- Mince, il a l’air plus fatigué que d’habitude, se dit Jean.

- Mes chers concitoyens, l’heure est grave. Comme vous le savez déjà, les tensions actuelles entre Inde et Pakistan ont pris un cours dramatique ces dernières heures. Des intimidations initiales jusqu’aux gesticulations guerrières, ces dernières allant jusqu’au tir d’un missile doté de têtes nucléaires, tout cela fait courir au Monde un très grave danger, pouvant même être létal pour la planète toute entière. Le Pakistan a eu beau assurer qu’aucun code d’armement des ogives n’avait été saisi, ces menaces demeurent totalement inconsidérées, j’oserais même dire folles, démentes. J’ai donc pris l’initiative de contacter tous les dirigeants membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi que ceux du Pakistan et de l’Inde, afin que s’engagent au plus tôt des pourparlers en vue d’une désescalade. 

- Et c’est reparti. Peut pas s’empêcher de se croire le deus ex machina de la diplomatie mondiale, notre chef des armées. Souffler, et quand je dis souffler je m’comprends, dans un violon, tu crois qu’il sait ce que ça veut dire ? Joseph conclut sa diatribe par une gorgée de bière puis se tourna vers Jean pour lui lancer :  

- Bon, on éteint ? Je n’en peux plus, de ses déclarations qu’il est le seul à croire. 

Jean allait lui répondre quand, brusquement, l’écran passa au noir, au moment où le Président était en train de dire : « je vais donc être dans quelques minutes en visio-conférence avec mes homologues pour plaider au nom de la France un cessez-le-f... »

- Tiens, ricana Joseph, Internet en a eu marre avant nous et lui a fermé son cla...

Jean eut l’idée de renvoyer à son pote une remarque bien sentie, mais ce « fermer son cla... », auquel il manquait le pet final, invita plutôt Jean à se retourner vers la fenêtre pour voir ce que son coloc, bouche bée et comme figé, semblait fixer. 

Jean distingua, loin sur l’horizon (leur appart, au cinquième, offrait une vue imprenable sur les toits de Paris) un point blanc hyper lumineux. Son cerveau eut sans doute le temps (quelques microsecondes en fait) de percevoir que ce point aveuglant grossissait soudain et envahissait tout l’espace. Ce fut la dernière chose que virent les deux amis, le souffle destructeur qui suivit ne rencontrant plus que ce qui restait de leurs corps vaporisés. 

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